Coup d’État manqué au Bénin : un drame annoncé — et une suspicion plus large Ce qu’il s’est passé
Dans la nuit du 6 au 7 décembre 2025, un groupe de
militaires — se désignant comme le Comité militaire pour la refondation (CMR) —
est apparu sur la télévision nationale pour annoncer la “destitution” du
président Patrice Talon, la suspension de la Constitution et la dissolution des
institutions. Africanews+2Africanews+2
Quelques heures plus tard, l’armée fidèle au pouvoir,
appuyée par l’intervention militaire d’un pays voisin, a repris le contrôle des
principaux centres stratégiques, rétabli l’ordre, et procédé à plusieurs
arrestations — une douzaine de soldats, selon les autorités. Ahram Online+3Al Jazeera+3The Business Standard+3
Le président Talon, dans une allocution diffusée sur les
ondes nationales, a affirmé que “la forfaiture ne resterait pas impunie” ; la
population a été invitée au calme. Portail d'informations générales+2Bénin Intelligent+2
Pourquoi les coup-pouces (putschistes) évoquent la mauvaise gouvernance — mais ce n’est peut-être pas la vraie raison
Officiellement, les auteurs du putsch ont justifié leur acte
par des motifs internes :
- la
“détérioration de la sécurité” dans le nord du pays, menacé par des
groupes armés. Al Jazeera+1
- le
“mépris” supposé du pouvoir à l’égard de militaires tombés, ou à l’égard
des conditions de vie des forces armées. Al Jazeera+1
![]() |
Ces arguments pourraient sembler compréhensibles — dans un
contexte de montée des menaces jihadistes et d’instabilité sécuritaire au
Sahel. Foreign Affairs Forum+1
Mais — et c’est mon analyse — ces justifications sont probablement
des écrans de fumée. Elles servent surtout à légitimer publiquement un coup
d’État, une stratégie bien connue des putschistes : trouver (ou inventer) un
motif populaire pour masquer des intentions bien plus profondes.
Ce qui pourrait être la vraie cause : une stratégie
extérieure de déstabilisation
Une “cascade de coups d’État” en Afrique — un contexte
troublant
Depuis quelques années, plusieurs États africains ont connu
des coups : dans le Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso), en Guinée, en
Guinée-Bissau… Cette “cascade de coups” ne peut être réduite à des problèmes
internes isolés. The Week+2Ahram Online+2
Chacun de ces événements a sa version publique — mauvaise
gouvernance, crise sécuritaire, corruption, mécontentement social… — mais la
répétition suggère une coordination, ou du moins une influence
transnationale.
Une “main obscure” profitant du chaos pour remodeler la
région
L’hypothèse selon laquelle des forces extérieures —
étatiques ou non — pourraient tirer les ficelles derrière ces coups mérite
d’être prise en compte. Par cette stratégie de “désordre contrôlé”, ces acteurs
pourraient chercher à remodeler les alignements géopolitiques en Afrique,
fragiliser les États, contrôler des ressources stratégiques, ou imposer des
régimes plus favorables à leurs intérêts.
Dans ce scénario, les putschistes au Bénin — comme ailleurs
— ne font qu’exécuter un plan déjà tracé : l’invocation d’une “cause nationale”
sert alors d’alibi à des objectifs inavoués, plus vastes, plus géopolitiques.
Pourquoi le Bénin — et pourquoi maintenant ?
- Le
Bénin est longtemps apparu comme une exception en Afrique de l’Ouest :
stabilité relative, institutions démocratiques, transitions pacifiques. The Business Standard+2Africanews+2
- Le
fait qu’un coup ait été tenté — alors que le pays ne souffre pas de
troubles internes majeurs comparables à certains voisins — soulève la
question : pourquoi vouloir déstabiliser un pays stable ?
- Le
calendrier électoral (présidence 2026, élections à venir) offre un terrain
fertile pour semer le chaos, déstabiliser les institutions et imposer un
nouvel ordre, favorable à des intérêts fugitifs.
Ce qu’un tel scénario impliquerait pour le Bénin — et
pour l’Afrique
- Si
cette hypothèse se confirme, le Bénin ne serait plus une “exception
stable” : il deviendrait une cible dans une stratégie de fragmentation
régionale.
- Cela
fragiliserait non seulement la démocratie béninoise, mais la souveraineté
de nombreux États africains, surtout si des pressions extérieures
recourent à des putschs successifs.
- À
long terme, une telle stratégie pourrait affaiblir les États africains
face aux menaces extérieures, accroître l’instabilité régionale, et
favoriser des réseaux qui tirent profit du chaos.
Conclusion : regarder plus loin que l’écran
Le coup d’État manqué de décembre 2025 au Bénin devrait être
analysé non seulement comme un incident isolé, mais comme un possible maillon
d’une chaîne plus large — qui touche plusieurs pays africains.
Il est tentant d’accepter les justifications des putschistes
(sécurité, mécontentement), mais l’enchaînement des événements récents incite à
la prudence : derrière les discours officiels et les “arguments internes”, une main
invisible, une logique d’influence régionale ou internationale pourrait
être à l’œuvre.
Pour le Bénin — comme pour l’Afrique toute entière — l’enjeu
ne se réduit pas à un simple maintien de l’ordre. Il s’agit de souveraineté,
de résilience institutionnelle, et de capacité à résister à des manipulations
invisibles.

Commentaires
Enregistrer un commentaire